Les entrepreneurs et les banques : on ne prête qu’aux riches ?

Le Mardi 29 Mai 2018, nous avons eu le plaisir de tenir une conférence sur la relation entre les entrepreneurs et les banques à Madagascar. C’est un pays où cette relation est difficile. C’est un réel parcours du combattant pour obtenir un prêt auprès des banques dans le cadre d’une création d’entreprise et les conditions sont difficiles lorsque des prêts sont accordés avec notamment des taux d’intérêt élevés.
Cela constitue donc un réel frein à la création d’entreprise et une barrière pour les entrepreneurs dans un pays où paradoxalement il est nécessaire de créer des entreprises. Face à cette situation, deux intervenants ont été invités à s’exprimer à savoir, Bruno Ralay-Ranaivo, Administrateur auprès de la société financière coopérative Oikocredit et Jaona Ravaloson, Associé de Arborescence Capital et Directeur Général Délégué de l’Agence Malagasy du Développement Economique et de la Promotion d’Entreprises (AMDP), une agence née du sommet de la Francophonie à Antananarivo en 2016.

 

                     

« Les banques ne sont pas faites pour les start-ups »

Cette conférence a débuté par l’évocation du problème des taux d’intérêt élevés à Madagascar. Jaona Ravaloson a expliqué que les taux d’intérêt doivent se trouver au-dessus de l’inflation. Dans un pays comme Madagascar où ce taux est particulièrement élevé, il n’est donc pas étonnant de voir des taux d’intérêt importants. Pour l’année 2017 selon l’Institut National de la Statistique de Madagascar (INSTAT), le taux d’inflation à Madagascar est de 8,3% pour 2017 tandis que ce chiffre est de 1% en France selon l’Institut National de la Statistique et des Études Économiques français (INSEE). Cela peut donc expliquer que les taux d’intérêt soient souvent largement supérieurs à 10% à Madagascar. A cela s’ajoute également une nécessité de fournir 3 années de bilan aux banques lorsque l’on souhaite obtenir un prêt.

« Les banques ne sont pas faites pour les start-ups. Il faut s’adresser à d’autres acteurs » évoque alors Jaona Ravaloson qui ajoute l’absence ou le manque de Business Angels, de Venture Capitalists etc… à Madagascar, un pays où selon lui, les start-ups sont démunies. Ces dernières doivent donc faire appel aux 3F : famille, amis, fous (family, friends, fools) pour pallier à cette situation.

                         

« Oikocredit agit là où il n’y a pas de banques »

Face à cette situation, des solutions existent. Bruno Ralay-Ranaivo évoque en exemple le cas Oikocredit, une société financière coopérative fondée en 1975 à l’initiative du Conseil Œcuménique des Églises et qui agit dans le domaine du microcrédit. « Oikocredit agit là où il n’y a pas de banques » évoque Bruno pour parler de la société. Oikocredit utilise la monnaie locale et offre des taux avantageux qui doivent être toutefois en dessous du taux directeur du pays concerné. Dans le cadre de Madagascar, ce taux est de 9,5%, c’est-à-dire le taux à laquelle la Banque Centrale prête à une banque. En effet, l’objectif étant de « ne pas casser l’Etat ».
Cependant, des conditions existent pour l’octroi d’un prêt. Il faut 3 ans d’activité en général sauf dans le cadre d’une coopérative où l’on peut passer outre cette condition. La coopérative doit cependant être en mesure de répondre à quatre critères : elle doit avoir un impact social positif, participer à combattre la pauvreté, et l’activité doit être une activité de proximité et participer à la préservation de l’environnement. De plus, les femmes doivent représenter au moins 50% de la gouvernance.
Un prêt au sein d’Oikocredit peut aller jusqu’à 10 ans. Mais qu’en est-il pour les start-ups ? Oikocredit rentre en général au sein du capital de la start-up souhaitant se faire financer et la nécessité d’avoir une durée d’existence peut être ignorée à condition que la start-up ait également un impact positif. Nous pouvons donc dire qu’il s’agit ici d’un investissement à impact.

« Une structure qui aide le développement des entreprises »

D’autres initiatives existent pour répondre aux besoins des entrepreneurs à Madagascar. L’AMDP en est un exemple, l’agence malgache en charge de la promotion des entreprises, un héritage laissé par le sommet de la Francophonie comme évoqué précédemment. Il s’agit « d’une structure qui aide le développement des entreprises car cela manque à Madagascar » évoque Jaona. L’AMDP a mis en place un incubateur à Antananarivo, le Kitro Ifaharan’ny Asa sy ny Dingana Imbonana (KIADY) ou Le Centre d’Application de Développement Intégré (CADI). Cet incubateur vise donc à former les jeunes à l’entrepreneuriat et à encadrer les jeunes pousses. Les jeunes malgaches peuvent donc intégrer cet incubateur et au bout de 6 mois lancer leur entreprise.  Une vingtaine de jeunes formés exploitent actuellement leur entreprise et l’incubateur a connu déjà 3 promotions. Face au manque de financement et malgré l’accompagnement et le réseau offert par l’incubateur, les produits des startups selon Jaona, doivent pouvoir s’adapter très vite pour que la vente des produits finance l’entreprise.
Pour intégrer l’incubateur, il y a bien évidemment une sélection. Mais les critères liés aux études n’est pas prépondérant. Le plus important c’est le projet et plusieurs secteurs sont présents comme le tourisme, l’énergie, les activités de transformation ou encore les nouvelles technologies. L’objectif pour l’AMDP est d’être présent dans tous les districts de Madagascar.

 

 

« La diaspora peut intervenir »

Nous voyons donc que malgré la réticence des banques pour octroyer des prêts auprès des entrepreneurs et les conditions difficiles appliquées à ces prêts, des solutions existent pour les personnes souhaitant lancer une entreprise et exploiter le potentiel énorme de Madagascar. Des institutions de microcrédit, des sociétés financières comme Oikocrédit, des structures comme l’AMDP,  des incubateurs comme KIADY existent pour accompagner les entrepreneurs. Et la diaspora peut intervenir à deux niveaux, soit investissant dans les fonds d’investissement et autres structures accompagnant les entreprises, soit en menant des projets sur place. Car comme évoqué par Jaona, « le problème dans les pays en voie de développement est l’incapacité de faire des projets ». La diaspora a donc toute sa place en emmenant avec elle ses expériences, compétences et sa volonté inouïe à changer les choses et à apporter sa pierre à l’édifice dans le développement du pays.

Si vous aussi vous souhaitez participer au développement de Madagascar, rejoignez Juniors Pour Madagascar. N’oubliez pas notre prochain rendez-vous le forum de recrutement dédié aux talents de la diaspora souhaitant rentrer et intégrer des entreprises à Madagascar qui aura lieu les 7 et 8 juillet prochains. Venez nombreux et agissons ensemble pour le développement de  Madagascar!

Article rédigé par Mahery Rakotoasimbola