Le père Pedro, une leçon d’humilité, un message d’espoir

Le 27 juin 2018, nous avons assisté à une expérience extraordinaire, le témoignage du Père Pedro Pablo Opeka, fondateur de l’œuvre humanitaire Akamasoa lors d’un évènement organisé par l’association Cercle 18 à la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale. Dans cet écrit, nous allons tenter de vous transmettre et retranscrire son témoignage, son histoire et surtout l’espoir et l’envie d’agir qu’il a suscités en nous.

On ne peut pas faire des conférences sur la pauvreté, mais on peut témoigner

C’est dans une salle remplie, que le Père Pedro a pris la parole. Debout, il nous lance : « on ne peut pas faire des conférences sur la pauvreté, mais on peut témoigner. Je suis arrivé la première fois en 1970 à Madagascar. Lorsque j’ai quitté mon pays, l’Argentine, j’ai pleuré. Je disais : au revoir Argentine ma terre. J’ai quitté mon pays pour un idéal humain et évangélique. Je suis allé vivre une expérience extraordinaire avec un peuple que je ne connaissais pas. Je suis parti m’installer à Vangaindrano, un village au Sud-Ouest de Madagascar où j’ai travaillé avec les villageois.
Lorsque je suis arrivé à Madagascar, j’ai découvert un pays extraordinaire qui avait la solidarité, la joie de vivre et qui ne connaissait pas l’insécurité. La culture de Madagascar m’a conquis. C’était l’euphorie, il n’y avait pas de matérialisme, on vivait d’une joie extraordinaire. »

Je ne fais rien d’extraordinaire, je ne fais que mon travail

« Je suis membre de la communauté Saint Vincent de Paul. Au sein de notre communauté, nous considérons que dans chaque pauvre, il y a Christ. Je ne fais rien d’extraordinaire, je ne fais que mon travail. J’ai dit à mes frères, c’est à vous cette église. Je suis ici pour vous servir.
Mais après 15 ans, j’ai voulu partir avec l’idée de prendre une année sabbatique et ne plus revenir. Je commençais à avoir des problèmes de santé. Mais ma communauté m’a demandé d’occuper le poste de directeur du centre de formation à Antananarivo pour 4 ans et donc je suis resté à Madagascar.»

 

                 

Ici, je ne peux pas parler, il faut agir

« Lorsque je suis arrivé à Antananarivo, je suis parti voir un homme malade dans la décharge de la ville. Et là quand j’ai vu un millier d’enfants avec les parents en train de se battre pour des ordures, j’étais choqué. Je me suis dit alors : ici, je ne peux pas parler, il faut agir.
Pendant toute la nuit, je ne pouvais pas dormir. Et j’ai demandé à Dieu de m’aider à  faire quelque chose pour ces enfants, Dieu ne peut pas abandonner les petits.
Et c’est là, au milieu de ces ordures, dans une case faite de sachets et de cartons qu’Akamasoa est né. Akamasoa est né au milieu des pauvres. Je disais aux parents, si vous aimez vos enfants, je suis prêt à vous donner un coup de main. Les pauvres étaient tellement fatigués des promesses des lendemains, des paroles vides ».

Dès le début nous avons dit non à l’assistance

« Dès le début nous avons dit non à l’assistance. Car assister quelqu’un c’est le rendre dépendant. Le travail, l’éducation, l’école et la discipline sont éléments essentiels d’Akamasoa. Nous avons des dina ou des engagements collectifs que nous votons à main levée. Nous avons 20 dina dont le premier : ne pas voler. Car si on se vole entre nous, on se décourage, il n’y a plus de dignité. Quand je regarde Akamasoa, je me dis : qui a fait ça ? C’est Dieu, c’est son travail.
Ce qui me donne la joie de continuer ce sont les enfants, nous avons 14 000 enfants scolarisés. Nous avons aussi les femmes qui travaillent pour un euro par jour dans les carrières. Pour les femmes de la carrière, je vais jusqu’au bout du monde. Je demande justice pour ceux qui veulent travailler et qui veulent une vie meilleure pour leurs enfants. Je ne parle pas de misère mais du courage de ceux qui se sont mis debout.
Aujourd’hui, le centre dispose de 3 écoles supérieures reconnues par l’Etat dans trois domaines : la pédagogie, l’informatique et les langues. Nous allons peut-être ouvrir dans deux ans, une école d’infirmière et une école de sage-femme. Nous créons car il n’y a pas assez de lieux accessibles pour apprendre. Nous ne cherchons pas à gagner de l’argent à travers l’école. Cependant, nous demandons une participation à tous les niveaux. Si les personnes n’ont pas assez d’argent, nous donnons un travail. »

L’expérience du terrain c’est la meilleure politique

« L’expérience du terrain, c’est la meilleure politique. Madagascar a bénéficié d’aides depuis l’indépendance. Quand j’étais ordonné prêtre je me suis dit tout homme, c’est mon frère. Il faut dénoncer la politique. Il faut que l’argent arrive à la base. Il faut aider les paysans malgaches. Ce sont eux qui produisent les fruits, les légumes etc… Ils n’ont jamais été aidés. Je n’ai jamais bagarré les prix à un paysan. Quand on entre dans une quincaillerie, on ne marchande pas. Si on n’est pas d’accord avec le prix on nous demande de sortir. Alors pourquoi on devrait marchander avec les paysans qui sont pauvres ?
Un jour viendra où un politicien malagasy va aimer ses frères, ses propres enfants. En attendant, faisons en sorte que le peuple ne sombre pas dans le chaos, dans l’anarchie. Je veux rendre honneur à tous ceux qui agissent pour Madagascar : les missionnaires, les ONG, les associations etc… Un jour nous aurons la justice. Pour le moment, ce ne sont que des mots, de beaux exposés. Tous les présidents avaient un programme pour le développement. Lorsque je suis arrivé à Madagascar, il y avait 30% de pauvres. Aujourd’hui nous avons 92% de la population qui vit avec moins de 2 dollars par jour.
Je ne suis pour aucun parti politique. Je suis un hirak’Andriamanitra ou envoyé de Dieu. Nous sommes un peuple sincère. C’est un peuple sobre et les politiciens l’ont toujours opprimé et n’ont jamais aimé Madagascar. Nous avons toujours manqué de politiciens honnêtes, patriotes, humanistes. »

                                      

 Il faut beaucoup de partage, d’amour et de renoncement à soi-même

« Il ne s’agit pas de formule, d’apprendre qu’on doit faire ceci ou cela. Nous, nous avons commencé avec les gens qui étaient là, à leur niveau. Leur dire que ce n’est pas juste qu’ils vivent dans cette situation. Il faut beaucoup de partage, d’amour et de renoncement à soi-même. Nous sommes au travail 24h/24, 7j/7. Combien de fois j’ai emmené une maman dans ma voiture pour aller au dispensaire pendant la nuit. Un jour j’ai posé la question à un ministre : vous avez emmené combien de femmes enceintes dans votre voiture pour aller à l’hôpital ? Il faut avoir un cœur pour se sacrifier. On ne peut pas aujourd’hui combattre cette extrême pauvreté avec les idées venant de la Sorbonne ou des grandes écoles. C’est là-bas qu’on peut régler ces problèmes, sur le terrain »

Je ne dis jamais on a réussi. Je dis toujours qu’on a pris la bonne direction

« J’ai fait 2700 réunions en 29 ans. C’est tout le temps qu’il faut réveiller les gens. Tout autour d’eux incite à baisser les bras. Tous les incitent à la débauche. La meilleure façon de motiver les gens, c’est de parler. Nous avons aussi les témoignages de ceux qui ont été dans les décharges. C’est seulement avec des milliers de réunions qu’on peut faire quelque chose. J’encourage mes frères qui ont été oubliés. Ce n’est pas facile c’est un combat perpétuel. Je ne dis jamais on a réussi. Je dis toujours qu’on a pris la bonne direction. »

A vous diaspora de France, aidez Madagascar

« A vous diaspora de France, aidez Madagascar. Nous aujourd’hui, nous sommes divisés à Madagascar. Il y aura peut-être 50 candidats à la prochaine élection présidentielle. Il n’y a plus d’autorité morale que les gens écoutent à Madagascar. Les gens m’ont suivi car ils ont vu la vérité, le respect, l’amour. Il n’y a plus de différence pour eux. Ils me disent : mon frère, tu es comme nous.
Lorsque l’on me pose la question, D’où vous venez ? Je réponds, je viens de la planète terre. Et vous, vous venez d’où ? Nous sommes tout d’abord des humains. Quand vous êtes un vrai frère, on ne regarde plus la race. Voilà l’évangile que j’ai voulu vivre avec mes frères à Madagascar.

                            

Pour ce peuple, je demande justice

« Chaque année, nous faisons 100 logements. Tous les 3 jours, une maison sort de terre à Akamasoa. Chaque année, nous avons 400 nouvelles naissances. Il faut de nouvelles écoles et nous faisons une ou deux écoles par an.
Nous plantons tous les ans entre 10 000 et 20 000 arbres. Nous faisons chaque année des maternités, de futurs laboratoires pour les analyses. Nous investissons dans l’énergie, nous voulons électrifier par les énergies renouvelables nos villages. Il faut faire chaque année des terrains de basket, des piscines etc… Il manque des lieux de sport pour les gens à Antananarivo. Dans tous nos villages, nous avons un lieu pour faire du sport.
Il faut faire des routes, il ne faut pas vendre le pays pour des petites miettes. Chaque projet doit être gagnant-gagnant, Il faut que tous y gagnent quelque chose. La sobriété du peuple malgache m’a toujours étonné. Pour ce peuple, je demande justice.»

Voilà chers amis ce que nous avons voulu faire, vous transmettre ce témoignage poignant. C’est un témoignage qui nous montre qu’avec l’amour et le courage, nous pouvons changer les choses et nous remercions le Cercle 18 d’avoir organisé cet évènement. C’est pour ce pays que Juniors Pour Madagascar agit humblement à son niveau. Nous voulons que les jeunes puissent prendre en main leur avenir et oser espérer une vie meilleure. C’est pour ce peuple que nous avançons et tentons de mettre en avant l’entrepreneuriat comme une des solutions pour faire face à la pauvreté et au chômage. C’est également pour voir Madagascar se développer que de plus en plus de jeunes s’engagent dans diverses organisations, ce qui nous permet d’oser espérer un avenir meilleur pour notre pays. Alors engagez-vous aussi, il faut agir !

Article rédigé par Mahery Rakotoasimbola