Le père Pedro, une leçon d’humilité, un message d’espoir

Le père Pedro, une leçon d’humilité, un message d’espoir

Le père Pedro, une leçon d’humilité, un message d’espoir

Le 27 juin 2018, nous avons assisté à une expérience extraordinaire, le témoignage du Père Pedro Pablo Opeka, fondateur de l’œuvre humanitaire Akamasoa lors d’un évènement organisé par l’association Cercle 18 à la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale. Dans cet écrit, nous allons tenter de vous transmettre et retranscrire son témoignage, son histoire et surtout l’espoir et l’envie d’agir qu’il a suscités en nous.

On ne peut pas faire des conférences sur la pauvreté, mais on peut témoigner

C’est dans une salle remplie, que le Père Pedro a pris la parole. Debout, il nous lance : « on ne peut pas faire des conférences sur la pauvreté, mais on peut témoigner. Je suis arrivé la première fois en 1970 à Madagascar. Lorsque j’ai quitté mon pays, l’Argentine, j’ai pleuré. Je disais : au revoir Argentine ma terre. J’ai quitté mon pays pour un idéal humain et évangélique. Je suis allé vivre une expérience extraordinaire avec un peuple que je ne connaissais pas. Je suis parti m’installer à Vangaindrano, un village au Sud-Ouest de Madagascar où j’ai travaillé avec les villageois.
Lorsque je suis arrivé à Madagascar, j’ai découvert un pays extraordinaire qui avait la solidarité, la joie de vivre et qui ne connaissait pas l’insécurité. La culture de Madagascar m’a conquis. C’était l’euphorie, il n’y avait pas de matérialisme, on vivait d’une joie extraordinaire. »

Je ne fais rien d’extraordinaire, je ne fais que mon travail

« Je suis membre de la communauté Saint Vincent de Paul. Au sein de notre communauté, nous considérons que dans chaque pauvre, il y a Christ. Je ne fais rien d’extraordinaire, je ne fais que mon travail. J’ai dit à mes frères, c’est à vous cette église. Je suis ici pour vous servir.
Mais après 15 ans, j’ai voulu partir avec l’idée de prendre une année sabbatique et ne plus revenir. Je commençais à avoir des problèmes de santé. Mais ma communauté m’a demandé d’occuper le poste de directeur du centre de formation à Antananarivo pour 4 ans et donc je suis resté à Madagascar.»

 

                 

Ici, je ne peux pas parler, il faut agir

« Lorsque je suis arrivé à Antananarivo, je suis parti voir un homme malade dans la décharge de la ville. Et là quand j’ai vu un millier d’enfants avec les parents en train de se battre pour des ordures, j’étais choqué. Je me suis dit alors : ici, je ne peux pas parler, il faut agir.
Pendant toute la nuit, je ne pouvais pas dormir. Et j’ai demandé à Dieu de m’aider à  faire quelque chose pour ces enfants, Dieu ne peut pas abandonner les petits.
Et c’est là, au milieu de ces ordures, dans une case faite de sachets et de cartons qu’Akamasoa est né. Akamasoa est né au milieu des pauvres. Je disais aux parents, si vous aimez vos enfants, je suis prêt à vous donner un coup de main. Les pauvres étaient tellement fatigués des promesses des lendemains, des paroles vides ».

Dès le début nous avons dit non à l’assistance

« Dès le début nous avons dit non à l’assistance. Car assister quelqu’un c’est le rendre dépendant. Le travail, l’éducation, l’école et la discipline sont éléments essentiels d’Akamasoa. Nous avons des dina ou des engagements collectifs que nous votons à main levée. Nous avons 20 dina dont le premier : ne pas voler. Car si on se vole entre nous, on se décourage, il n’y a plus de dignité. Quand je regarde Akamasoa, je me dis : qui a fait ça ? C’est Dieu, c’est son travail.
Ce qui me donne la joie de continuer ce sont les enfants, nous avons 14 000 enfants scolarisés. Nous avons aussi les femmes qui travaillent pour un euro par jour dans les carrières. Pour les femmes de la carrière, je vais jusqu’au bout du monde. Je demande justice pour ceux qui veulent travailler et qui veulent une vie meilleure pour leurs enfants. Je ne parle pas de misère mais du courage de ceux qui se sont mis debout.
Aujourd’hui, le centre dispose de 3 écoles supérieures reconnues par l’Etat dans trois domaines : la pédagogie, l’informatique et les langues. Nous allons peut-être ouvrir dans deux ans, une école d’infirmière et une école de sage-femme. Nous créons car il n’y a pas assez de lieux accessibles pour apprendre. Nous ne cherchons pas à gagner de l’argent à travers l’école. Cependant, nous demandons une participation à tous les niveaux. Si les personnes n’ont pas assez d’argent, nous donnons un travail. »

L’expérience du terrain c’est la meilleure politique

« L’expérience du terrain, c’est la meilleure politique. Madagascar a bénéficié d’aides depuis l’indépendance. Quand j’étais ordonné prêtre je me suis dit tout homme, c’est mon frère. Il faut dénoncer la politique. Il faut que l’argent arrive à la base. Il faut aider les paysans malgaches. Ce sont eux qui produisent les fruits, les légumes etc… Ils n’ont jamais été aidés. Je n’ai jamais bagarré les prix à un paysan. Quand on entre dans une quincaillerie, on ne marchande pas. Si on n’est pas d’accord avec le prix on nous demande de sortir. Alors pourquoi on devrait marchander avec les paysans qui sont pauvres ?
Un jour viendra où un politicien malagasy va aimer ses frères, ses propres enfants. En attendant, faisons en sorte que le peuple ne sombre pas dans le chaos, dans l’anarchie. Je veux rendre honneur à tous ceux qui agissent pour Madagascar : les missionnaires, les ONG, les associations etc… Un jour nous aurons la justice. Pour le moment, ce ne sont que des mots, de beaux exposés. Tous les présidents avaient un programme pour le développement. Lorsque je suis arrivé à Madagascar, il y avait 30% de pauvres. Aujourd’hui nous avons 92% de la population qui vit avec moins de 2 dollars par jour.
Je ne suis pour aucun parti politique. Je suis un hirak’Andriamanitra ou envoyé de Dieu. Nous sommes un peuple sincère. C’est un peuple sobre et les politiciens l’ont toujours opprimé et n’ont jamais aimé Madagascar. Nous avons toujours manqué de politiciens honnêtes, patriotes, humanistes. »

                                      

 Il faut beaucoup de partage, d’amour et de renoncement à soi-même

« Il ne s’agit pas de formule, d’apprendre qu’on doit faire ceci ou cela. Nous, nous avons commencé avec les gens qui étaient là, à leur niveau. Leur dire que ce n’est pas juste qu’ils vivent dans cette situation. Il faut beaucoup de partage, d’amour et de renoncement à soi-même. Nous sommes au travail 24h/24, 7j/7. Combien de fois j’ai emmené une maman dans ma voiture pour aller au dispensaire pendant la nuit. Un jour j’ai posé la question à un ministre : vous avez emmené combien de femmes enceintes dans votre voiture pour aller à l’hôpital ? Il faut avoir un cœur pour se sacrifier. On ne peut pas aujourd’hui combattre cette extrême pauvreté avec les idées venant de la Sorbonne ou des grandes écoles. C’est là-bas qu’on peut régler ces problèmes, sur le terrain »

Je ne dis jamais on a réussi. Je dis toujours qu’on a pris la bonne direction

« J’ai fait 2700 réunions en 29 ans. C’est tout le temps qu’il faut réveiller les gens. Tout autour d’eux incite à baisser les bras. Tous les incitent à la débauche. La meilleure façon de motiver les gens, c’est de parler. Nous avons aussi les témoignages de ceux qui ont été dans les décharges. C’est seulement avec des milliers de réunions qu’on peut faire quelque chose. J’encourage mes frères qui ont été oubliés. Ce n’est pas facile c’est un combat perpétuel. Je ne dis jamais on a réussi. Je dis toujours qu’on a pris la bonne direction. »

A vous diaspora de France, aidez Madagascar

« A vous diaspora de France, aidez Madagascar. Nous aujourd’hui, nous sommes divisés à Madagascar. Il y aura peut-être 50 candidats à la prochaine élection présidentielle. Il n’y a plus d’autorité morale que les gens écoutent à Madagascar. Les gens m’ont suivi car ils ont vu la vérité, le respect, l’amour. Il n’y a plus de différence pour eux. Ils me disent : mon frère, tu es comme nous.
Lorsque l’on me pose la question, D’où vous venez ? Je réponds, je viens de la planète terre. Et vous, vous venez d’où ? Nous sommes tout d’abord des humains. Quand vous êtes un vrai frère, on ne regarde plus la race. Voilà l’évangile que j’ai voulu vivre avec mes frères à Madagascar.

             

Pour ce peuple, je demande justice

« Chaque année, nous faisons 100 logements. Tous les 3 jours, une maison sort de terre à Akamasoa. Chaque année, nous avons 400 nouvelles naissances. Il faut de nouvelles écoles et nous faisons une ou deux écoles par an.
Nous plantons tous les ans entre 10 000 et 20 000 arbres. Nous faisons chaque année des maternités, de futurs laboratoires pour les analyses. Nous investissons dans l’énergie, nous voulons électrifier par les énergies renouvelables nos villages. Il faut faire chaque année des terrains de basket, des piscines etc… Il manque des lieux de sport pour les gens à Antananarivo. Dans tous nos villages, nous avons un lieu pour faire du sport.
Il faut faire des routes, il ne faut pas vendre le pays pour des petites miettes. Chaque projet doit être gagnant-gagnant, Il faut que tous y gagnent quelque chose. La sobriété du peuple malgache m’a toujours étonné. Pour ce peuple, je demande justice.»

Voilà chers amis ce que nous avons voulu faire, vous transmettre ce témoignage poignant. C’est un témoignage qui nous montre qu’avec l’amour et le courage, nous pouvons changer les choses et nous remercions le Cercle 18 d’avoir organisé cet évènement. C’est pour ce pays que Juniors Pour Madagascar agit humblement à son niveau. Nous voulons que les jeunes puissent prendre en main leur avenir et oser espérer une vie meilleure. C’est pour ce peuple que nous avançons et tentons de mettre en avant l’entrepreneuriat comme une des solutions pour faire face à la pauvreté et au chômage. C’est également pour voir Madagascar se développer que de plus en plus de jeunes s’engagent dans diverses organisations, ce qui nous permet d’oser espérer un avenir meilleur pour notre pays. Alors engagez-vous aussi, il faut agir !

Article rédigé par Mahery Rakotoasimbola

Les entrepreneurs et les banques : on ne prête qu’aux riches ?

Les entrepreneurs et les banques : on ne prête qu’aux riches ?

Les entrepreneurs et les banques : on ne prête qu’aux riches ?

Le Mardi 29 Mai 2018, nous avons eu le plaisir de tenir une conférence sur la relation entre les entrepreneurs et les banques à Madagascar. C’est un pays où cette relation est difficile. C’est un réel parcours du combattant pour obtenir un prêt auprès des banques dans le cadre d’une création d’entreprise et les conditions sont difficiles lorsque des prêts sont accordés avec notamment des taux d’intérêt élevés.
Cela constitue donc un réel frein à la création d’entreprise et une barrière pour les entrepreneurs dans un pays où paradoxalement il est nécessaire de créer des entreprises. Face à cette situation, deux intervenants ont été invités à s’exprimer à savoir, Bruno Ralay-Ranaivo, Administrateur auprès de la société financière coopérative Oikocredit et Jaona Ravaloson, Associé de Arborescence Capital et Directeur Général Délégué de l’Agence Malagasy du Développement Economique et de la Promotion d’Entreprises (AMDP), une agence née du sommet de la Francophonie à Antananarivo en 2016.

 

                     

« Les banques ne sont pas faites pour les start-ups »

Cette conférence a débuté par l’évocation du problème des taux d’intérêt élevés à Madagascar. Jaona Ravaloson a expliqué que les taux d’intérêt doivent se trouver au-dessus de l’inflation. Dans un pays comme Madagascar où ce taux est particulièrement élevé, il n’est donc pas étonnant de voir des taux d’intérêt importants. Pour l’année 2017 selon l’Institut National de la Statistique de Madagascar (INSTAT), le taux d’inflation à Madagascar est de 8,3% pour 2017 tandis que ce chiffre est de 1% en France selon l’Institut National de la Statistique et des Études Économiques français (INSEE). Cela peut donc expliquer que les taux d’intérêt soient souvent largement supérieurs à 10% à Madagascar. A cela s’ajoute également une nécessité de fournir 3 années de bilan aux banques lorsque l’on souhaite obtenir un prêt.

« Les banques ne sont pas faites pour les start-ups. Il faut s’adresser à d’autres acteurs » évoque alors Jaona Ravaloson qui ajoute l’absence ou le manque de Business Angels, de Venture Capitalists etc… à Madagascar, un pays où selon lui, les start-ups sont démunies. Ces dernières doivent donc faire appel aux 3F : famille, amis, fous (family, friends, fools) pour pallier à cette situation.

                         

« Oikocredit agit là où il n’y a pas de banques »

Face à cette situation, des solutions existent. Bruno Ralay-Ranaivo évoque en exemple le cas Oikocredit, une société financière coopérative fondée en 1975 à l’initiative du Conseil Œcuménique des Églises et qui agit dans le domaine du microcrédit. « Oikocredit agit là où il n’y a pas de banques » évoque Bruno pour parler de la société. Oikocredit utilise la monnaie locale et offre des taux avantageux qui doivent être toutefois en dessous du taux directeur du pays concerné. Dans le cadre de Madagascar, ce taux est de 9,5%, c’est-à-dire le taux à laquelle la Banque Centrale prête à une banque. En effet, l’objectif étant de « ne pas casser l’Etat ».
Cependant, des conditions existent pour l’octroi d’un prêt. Il faut 3 ans d’activité en général sauf dans le cadre d’une coopérative où l’on peut passer outre cette condition. La coopérative doit cependant être en mesure de répondre à quatre critères : elle doit avoir un impact social positif, participer à combattre la pauvreté, et l’activité doit être une activité de proximité et participer à la préservation de l’environnement. De plus, les femmes doivent représenter au moins 50% de la gouvernance.
Un prêt au sein d’Oikocredit peut aller jusqu’à 10 ans. Mais qu’en est-il pour les start-ups ? Oikocredit rentre en général au sein du capital de la start-up souhaitant se faire financer et la nécessité d’avoir une durée d’existence peut être ignorée à condition que la start-up ait également un impact positif. Nous pouvons donc dire qu’il s’agit ici d’un investissement à impact.

« Une structure qui aide le développement des entreprises »

D’autres initiatives existent pour répondre aux besoins des entrepreneurs à Madagascar. L’AMDP en est un exemple, l’agence malgache en charge de la promotion des entreprises, un héritage laissé par le sommet de la Francophonie comme évoqué précédemment. Il s’agit « d’une structure qui aide le développement des entreprises car cela manque à Madagascar » évoque Jaona. L’AMDP a mis en place un incubateur à Antananarivo, le Kitro Ifaharan’ny Asa sy ny Dingana Imbonana (KIADY) ou Le Centre d’Application de Développement Intégré (CADI). Cet incubateur vise donc à former les jeunes à l’entrepreneuriat et à encadrer les jeunes pousses. Les jeunes malgaches peuvent donc intégrer cet incubateur et au bout de 6 mois lancer leur entreprise.  Une vingtaine de jeunes formés exploitent actuellement leur entreprise et l’incubateur a connu déjà 3 promotions. Face au manque de financement et malgré l’accompagnement et le réseau offert par l’incubateur, les produits des startups selon Jaona, doivent pouvoir s’adapter très vite pour que la vente des produits finance l’entreprise.
Pour intégrer l’incubateur, il y a bien évidemment une sélection. Mais les critères liés aux études n’est pas prépondérant. Le plus important c’est le projet et plusieurs secteurs sont présents comme le tourisme, l’énergie, les activités de transformation ou encore les nouvelles technologies. L’objectif pour l’AMDP est d’être présent dans tous les districts de Madagascar.

 

 

« La diaspora peut intervenir »

Nous voyons donc que malgré la réticence des banques pour octroyer des prêts auprès des entrepreneurs et les conditions difficiles appliquées à ces prêts, des solutions existent pour les personnes souhaitant lancer une entreprise et exploiter le potentiel énorme de Madagascar. Des institutions de microcrédit, des sociétés financières comme Oikocrédit, des structures comme l’AMDP,  des incubateurs comme KIADY existent pour accompagner les entrepreneurs. Et la diaspora peut intervenir à deux niveaux, soit investissant dans les fonds d’investissement et autres structures accompagnant les entreprises, soit en menant des projets sur place. Car comme évoqué par Jaona, « le problème dans les pays en voie de développement est l’incapacité de faire des projets ». La diaspora a donc toute sa place en emmenant avec elle ses expériences, compétences et sa volonté inouïe à changer les choses et à apporter sa pierre à l’édifice dans le développement du pays.

Si vous aussi vous souhaitez participer au développement de Madagascar, rejoignez Juniors Pour Madagascar. N’oubliez pas notre prochain rendez-vous le forum de recrutement dédié aux talents de la diaspora souhaitant rentrer et intégrer des entreprises à Madagascar qui aura lieu les 7 et 8 juillet prochains. Venez nombreux et agissons ensemble pour le développement de  Madagascar!

Article rédigé par Mahery Rakotoasimbola

Impact Investing : Investir et transformer à Madagascar

Impact Investing : Investir et transformer à Madagascar

Impact Investing : Investir et transformer à Madagascar

– Allier rentabilité financière et impact social

Le jeudi 26 Avril 2018, Juniors Pour Madagascar a organisé une conférence sur le thème de l’impact investing à l’espace Bernanos, à Paris. Plusieurs intervenants se sont exprimés sur ce sujet passionnant. On a pu noter la présence d’Emmanuel Cotsoyannis, Directeur Général de Miarakap, un nouveau fonds d’investissement à Madagascar, d’Aina Rakotoarisoa, Investisseur Ex- Citizen capital, de Nicolas Métro, Entrepreneur social et Fondateur de Kinomé, une entreprise spécialisée dans la valorisation des forêts ainsi que Tsilavina Andriamisaina, Conseiller financier et Senior Manager auprès du cabinet KPMG.

Si cette conférence a été orientée sur l’investissement à impact à Madagascar comme vecteur de transformation et facteur de développement du pays, le concept d’Impact Investing a pu y être développé et ne s’est pas limité au seul cadre de Madagascar.

                                            

« Ce n’est pas de la philanthropie »

La conférence a tout d’abord débuté par une définition de l’investissement à impact. S’il n’existe pas de définition précise, Tsilavina s’est attelé à la tâche en définissant le concept comme étant « un investissement qui consiste à résoudre ou tenter de corriger des problématiques sociétales identifiées et en retirer un retour financier ». En effet, l’investissement à impact « ce n’est pas de la philanthropie » a évoqué Nicolas. « Il ne s’agit pas non plus d’imposer des projets, mais de réellement comprendre les demandes et besoins des populations cibles » a ajouté ce dernier. L’investissement à impact doit donc apporter des solutions à un problème identifié au sein d’une société.

                      

« Il faut une vision stratégique claire »

Mais qu’est-ce qui fait alors le succès d’une entreprise à impact social ? Il n’existe pas de formule magique, mais tous ont évoqué l’importance de la présence locale pour une bonne compréhension du marché et de l’environnement. A cela doit s’ajouter une vision sur le long terme. Tsilavina a ainsi pris l’exemple des entreprises familiales : « les entreprises qui réussissent le mieux à Madagascar, sont les entreprises familiales où l’on pense aux générations futures ». Nicolas a ajouté que « l’impact créé doit être durable à partir d’un élan partagé : améliorer sa vie et celle des autres ».

Aina a quant à elle mis l’accent sur les qualités indispensables d’un bon entrepreneur. Seulement moins d’1% des dossiers reçus par les fonds arrivent à des décisions d’investissement. Il faut donc que l’entrepreneur réussisse à convaincre, « il doit avoir une vision stratégique claire ». Elle a ensuite ajouté, « un bon entrepreneur, c’est celui qui a connu l’échec et qui s’est relevé ».

Emmanuel a évoqué l’importance de l’adaptation « le bon entrepreneur est celui qui arrive à travailler peu importe les circonstances. C’est celui qui est prêt à se formaliser, avec des compétences techniques et qui a compris les difficultés et les problèmes de son business model, il faut être capable de régler des problèmes en permanence ».

Pour résumer, la présence locale, la vision stratégique sur le long terme, la compréhension de son modèle économique et de son marché et la capacité à s’adapter à tous les problèmes sont les éléments nécessaires et indispensables pour un entrepreneur.

« Les pays se sont développés car les entreprises ont émergé »

C’est le mot « impact » qui est au cœur de l’impact investing. Les entrepreneurs que l’on évoque ici sont alors des personnes qui se donnent une mission et qui regardent leur activité de manière holistique en considérant l’impact dans sa globalité. « C’est l’idée que les entreprises ont aussi un rôle à jouer dans les réponses aux différents enjeux » a défendu Aina.

Pour Emmanuel, « l’entreprise doit jouer un rôle dans le développement des sociétés. Les pays se sont développés car les entreprises ont émergé et ont amélioré la vie des gens ». Ce dernier a mis l’accent sur la formalisation « un pays ne se développera jamais si seulement, moins de 5% de sa population est salariée du secteur formel ». En effet, l’entreprise formelle permet aux gens de sortir de l’extrême vulnérabilité.

 

                

« Développer Madagascar n’est pas un choix »

Ce que l’on peut retenir de cette conférence est le rôle important de l’investissement à impact et des entreprises à fort impact social dans le développement. L’entrepreneuriat fait partie des moyens que l’on peut utiliser pour développer un pays et cela constitue la vision de Juniors Pour Madagascar. Et comme Emmanuel l’a très bien expliqué, développer Madagascar n’est pas un choix.

Dans tout cela, la diaspora a sa place. Comme évoqué par Tsilavina « le fait de quitter le pays permet d’avoir un certain savoir-faire, une ouverture d’esprit qui permettra de créer des entreprises leaders. »

Si vous aussi vous pensez que l’entrepreneuriat est un facteur de développement du pays, rejoignez Juniors Pour Madagascar et venez assister à notre prochaine conférence sur les entrepreneurs et les banques à Madagascar, le Mardi 29 mai 2018 à l’espace Bernanos. Créons ensemble, une nouvelle génération d’entrepreneurs pour Madagascar !

Article rédigé par Mahery Rakotoasimbola

Babakootoo.com, la première plateforme de crowdshipping malgache

Babakootoo.com, la première plateforme de crowdshipping malgache

Ils ont sauté le pas, soutenons-les

BABAKOOTOO.COM

Fondée par deux jeunes entrepreneurs, Babakootoo.com est une plateforme de crowdshipping permettant à ses utilisateurs d’expédier des colis à moindre coût, par le biais de particuliers qui disposent d’espaces disponibles dans leurs valises et qui désirent amortir leurs frais de déplacement. Entretien avec les fondateurs : Ashley et Sébastien.


Pouvez-vous présenter Babakootoo.com en quelques mots ?

Babakootoo.com, c’est la plateforme de revente et d’achat de poids bagage conçue pour la diaspora malagasy.

Notre plateforme met en relation des particuliers qui veulent acheter ou revendre leur poids bagage. Amortissez vos billets d’avion en revendant vos poids bagages inutilisés. Mais aussi, envoyez vos lettres, colis ou autre, à moindre coût !

Comment vous est venue cette idée ? Quel a été le déclic ?

Un jour, mon petit frère est retourné à Madagascar en oubliant son téléphone en France après ses vacances. Je me suis donc retrouvé à chercher une solution, la moins onéreuse possible, pour expédier son téléphone. C’est ainsi que j’ai découvert la communauté malagasy du Covalisage sur Facebook dans laquelle plusieurs personnes publiaient leurs ventes de poids bagage.  J’ai trouvé la pratique très intéressante et arrangeante. Seulement, les annonces étaient désordonnées et je me suis retrouvé à scroller le groupe Facebook pendant un long moment avant de trouver l’annonce qui correspondait à mes critères. Au final, j’ai fini par faire envoyer le colis par le biais d’un ami. C’est de là que l’idée babakootoo.com m’est venue :  une plateforme de covalisage pour la diaspora malgache avec des informations claires, uniformisées et ordonnées. Nous souhaitons souligner quelque chose : nous ne sommes pas une concurrence par rapport au groupe Facebook qui compte un grand nombre d’utilisateurs. Nous sommes plutôt un complément pour les personnes comme moi qui souhaitent trouver la bonne annonce en seulement 2 clics.

Quel est votre parcours et quelles sont vos motivations ?

Babakootoo est composé de 2 personnes : Ashley, ma copine, diplômée d’un bachelor en hôtellerie-restauration et Sébastien, moi-même, diplômé d’une licence mathématiques informatique appliqués.

Ensemble, nous sommes passionnés de nouvelles technologies et nous avons l’envie d’entreprendre. Pour tout vous dire, Babakootoo n’est pas le premier projet que nous entreprenons. Nous avons créé une application mobile, Wav,  il y a un an de cela, mais ce fut un échec. Fort de cette première aventure, on a décidé de rebondir et de retenter autre chose en faisant tout le contraire de ce qu’on avait fait. Notre motivation était surtout de créer quelque chose qui servirait à long terme et qui faciliterait la vie de tout le monde. On a décidé de donner un nom atypique et symbolique à notre projet.

Comment voyez-vous Babakootoo dans 5 ans ?

Dans 5 ans, si tout se passe bien, Babakootoo sera international. Notre premier objectif est d’étendre la plateforme et de faire bénéficier les Malgaches résidant dans d’autres pays comme le Canada, les Etats-Unis, de notre service de covalisage. Ensuite, nous espérons que la plateforme tournera toute seule, un peu comme Leboncoin. Ainsi , nous travaillerons sur l’amélioration de celle-ci afin d’y ajouter de nouvelles fonctionnalités et d’ installer des points relais à Madagascar pour faciliter les envois et la  réception des colis.

Pour finir, quelques sont vos conseils et recommandations pour les jeunes qui, comme vous, veulent se lancer ?

En 2017, nous avions lancé notre tout premier projet, Wav, une application iPhone regroupant toute les offres étudiantes à Toulouse. C’était notre premier projet et notre premier échec. Wav était fonctionnel mais le nombre d’utilisateurs ne correspondait vraiment pas à nos attentes. Nous avons beaucoup appris de cet échec.

La première chose est de ne pas garder secret son projet. C’est vrai qu’au début on avait peur qu’on nous prenne notre idée. Mais en réalité, il faut en parler, partager le projet à votre entourage, ça sera le seul moyen d’évoluer, d’affiner votre idée et de se faire connaître. Rassurez-vous, si par réel manque de chance une personne souhaite copier votre idée, il y a très peu de chance qu’il ait la même vision que vous et partira donc sur une exécution différente de la vôtre.  N’attendons pas tranquillement un business angel ou des investisseurs pour se lancer ! Commencez tout ce que vous pouvez faire à votre échelle et selon le financement que vous possédez. Commencez dès maintenant ! Une astuce simple pour commencer : faites une landing page (page de présentation) de votre produit/service même si celui-ci n’existe pas encore. Promouvez votre produit comme s’il existait puis regardez l’affluence sur cette landing page. Et vous saurez l’intérêt que suscite votre service/produit. Lorsque vous présenterez aux investisseurs le nombre de personnes intéressées par votre service/produit, vous le convaincrez plus facilement de croire en votre projet.

Merci Ashley et Sébastien d’avoir répondu à nos questions ! Et plein de succès pour Babakootoo ! 

Interview préparé par Vanessa 🙂

Pour vos prochains envois, pensez à Babakootoo.com !